Nous soutenons l'occupation de l'église St-Laurent par le Collectif-R afin d'y constituer un refuge contre les renvois de requérant-e-s d'asile débouté.e.s. Stop aux renvois Dublin! Soutenez le refuge et signez le manifeste:

jeudi 26 octobre 2017

Pour le droit à l'accès à l'emploi pour toutes et tous!

Indigné par la situation des nombreuses personnes forcées à l’inactivité malgré une formation et des possibilités d’emploi qui leur permettraient de contribuer activement à la société, le collectif Droit de rester lance aujourd’hui une pétition cantonale pour réclamer le droit à l’accès à l’emploi pour tou·te·s.
Dans le canton de Vaud, plus de 800 personnes déboutées de l’asile vivent sans avoir le droit de se former ou de travailler. Nombre d’entre elles habitent pourtant ici depuis des années. Le droit au travail, comme à la formation, est un droit fondamental.
La situation des jeunes est particulièrement dramatique. Arrivé·e·s en Suisse souvent mineur·e·s, ils et elles ont fait l’école obligatoire dans le canton, avant de commencer un apprentissage, et de le terminer lorsqu’il n’est pas interrompu par la fin d’une procédure d’asile. Malgré leur formation, ces jeunes se retrouvent ensuite sans activité, condamné·e·s à une assistance minimale alors qu’ils et elles ont des compétences reconnues qui pourraient profiter à tout le monde.
Il en va ainsi par exemple de M.A.K., d’origine ivoirienne, qui a obtenu un CFC en soins communautaires, avant de recevoir une interdiction de travail. Habitant Lausanne depuis 7 ans, M.A.K explique : « Je me sens inutile, on m’assujettit en me condamnant au rang d’assisté au strict minimum vital, dans l’anonymat total, désoeuvré avec l’interdiction de travailler malgré ma bonne volonté et ma promesse d’engagement. Psychiquement ce système est dégradant et inhumain. »

Le collectif Droit de rester dénonce depuis plusieurs années les conditions de (sur)vie faites aux personnes qui dépendent de l’aide d’urgence, alors même que la plupart du temps leur renvoi n’est tout simplement pas possible. Les maintenir dans un système qui leur interdit de travailler est une aberration.
Le collectif lance aujourd’hui une pétition demandant au canton d’octroyer des permis de travail aux personnes qui vivent ici et en soutenant leurs demandes de régularisation auprès du SEM à Berne. Cette mesure favoriserait grandement l’équilibre psychique des personnes concernées et le vivre ensemble dont nous avons tou·te·s besoin.

La pétition est d’ores et déjà soutenue par le syndicat SUD, les jeunes POP Vaud, la coordination Asile du Chablais, SolidaritéS, Droit de rester Neuchâtel, et plusieurs personnalités politiques, dont le municipal David Payot, les député·e·s Léonore Porchet et Raphael Mahaim, l’ancienne conseillère nationale Anne-Catherine Ménétrey-Savary.

Téléchargez la pétition, à renvoyer au plus vite à Droit de rester, Coordination Asile, Case postale 5744, 1002 Lausanne
Téléchargez l'argumentaire

Pourquoi? lisez les témoignages des personnes concernées!

Et qu'en dit les autorités cantonales? Lisez notre échange!

jeudi 13 juillet 2017

Au centre fédéral, un accès difficile aux soins médicaux


13 juillet 2017    Pour déposer une demande d’asile, les gens nouvellement arrivés en Suisse doivent se rendre dans un centre fédéral où ils séjourneront trois mois ou plus, jusqu’à ce que le SEM les transfère à un canton.

Beaucoup ont fui dans des conditions brutales, ont survécu à un voyage éprouvant et enduré toutes sortes de violences. Un certain nombre arrivent dans un état d’épuisement physique et psychique nécessitant une prise en charge. 

Or, au centre fédéral, l’accès aux soins médicaux est si restrictif qu’il confine parfois au déni d’accès. 

Il n’est pas rare par exemple qu’un rendez-vous fixé par un médecin soit annulé parce que l’autorité du centre ne l’estime pas nécessaire ou que les transports à l’hôpital dérangent son organisation. 

Ainsi par exemple, une dame a fui son pays après avoir subi des menaces de mort. Elle est avec son fils de moins de 5 ans. Elle est manifestement très angoissée. Elle se plaint de maux de tête et de moments d’absence. Elle ne sait plus où elle est, ou bien elle ne comprend pas ce qu’on lui dit parce qu’elle n’arrive pas à fixer son attention. Elle ne se souvient pas où elle met les choses et passe du temps à les chercher. Quand elle est dans une pièce, elle a l’impression que quelqu’un vient l’attaquer dans son dos et elle se retourne en sursaut. Elle prend des antidépresseurs et des somnifères qu’elle a ramenés de son pays. Ces médicaments créent une importante fatigue et appellent donc le bénéfice d’un espace de repos et de sécurité. En outre, ils nécessitent un suivi médical et d’être accompagnés d’une thérapie de soutien basée sur des entretiens individuels. 

Une nuit, elle a eu de fortes douleurs dans les reins et des vomissements. Elle a été conduite à l’hôpital en urgence. Elle avait rendez-vous quelques jours plus tard pour la transmission des résultats, mais ce rendez-vous a été annulé en raison de son transfert dans un autre centre fédéral. Aucun autre rendez-vous ne lui a été proposé et elle est restée dans l’incertitude sur les résultats. Elle n’a pas pu entendre l’avis ni les conseils du médecin ni poser ses questions sur le traitement ou les suites à donner. 

L’enfant ne va pas bien non plus. Il se réveille la nuit en criant et il souffre de maux de tête. Il n’a pas été adressé à un médecin. On a dit à la mère d’attendre le transfert. 

Madame aura passé avec son enfant trois mois au centre fédéral sans accès aux soins psychiatriques ni pédiatriques. A son arrivée dans le canton, sa situation est jugée prioritaire et de multiples rendez-vous dans différentes disciplines lui sont fixés.

Dans un autre cas, il s’agit d’un couple de personnes assez âgées, qui se déplacent difficilement. Monsieur a été adressé quatre fois à l’hôpital à cause d’un diabète insulino-dépendant. Il souffre de cailloux de calcaire dans le foie, ce qui est très douloureux, d’une hernie discale, d’une baisse de la vue et de douleurs dans les pieds, à cause du diabète. Il présente un surpoids avec une respiration lourde et il se plaint de maux d’estomac. Ici encore, le rendez-vous donné au patient pour la transmission des résultats d’analyse a été annulé. L’autorité du centre estimait qu’elle possédait suffisamment d’informations pour la remise des médicaments, et que de plus amples explications n’étaient pas nécessaires.

Madame souffre de différents maux également, notamment du dos et de fatigue, des suites d’un accident.

Le couple a passé trois mois au centre fédéral malgré leurs maladies et leur âge. 

Les médecins souvent ne se représentent pas bien la situation des gens. Ils ne savent pas qu’ils séjournent dans un centre fédéral et sont soumis à des restrictions de sortie ou d’accès aux soins. Une fois, à la suite d’une consultation en urgence, l’hôpital a invité la mère, qui ne parle pas un mot de français, à prendre un rendez-vous pour un suivi et lui a simplement remis une liste de pédiatres sur le canton. Or, la mère ne peut pas prendre un tel rendez-vous de manière autonome. Elle doit recevoir l’assentiment des autorités du centre et aucun rendez-vous n’a été pris.

Le plus difficile encore est l’absence d’information. Les gens ne possèdent aucun document expliquant leur situation, ni les consultations qu’ils ont eues, ni où ni avec qui, aucun diagnostique, et les résultats des analyses ne leur sont pas communiquées. Les éventuels documents médicaux les concernant sont transmis par les médecins au centre qui refuse d’en délivrer une copie aux intéressés. Ils sont privés de l’accès à leurs données médicales et ils ne possèdent aucun support pour comprendre leurs problèmes. 

Ce vide les laisse dans un sentiment de détresse parce qu’ils ne parviennent pas à s’approprier les informations sur leur propre santé. Ils demeurent avec une impression de n’avoir pas été compris ni correctement investigué, ou que le médecin n’a pas saisi exactement de quels maux ils se plaignent. Ils n’étaient pas assistés d’un interprète lors de la consultation, ils rencontraient un médecin en Suisse pour la première fois dans un système médical nouveau pour eux, ce qui contribue à alimenter leurs incertitudes.

Les gens qui séjournent dans les centres fédéraux ont besoin d’un document écrit qu’ils peuvent montrer à d’autres pour se le faire expliquer et ré-expliquer, avec l’aide de quelqu’un pour traduire le cas échéant. Un simple résumé de la situation du point de vue médical, remis en mains propres au patient, leur permettrait d’être quelque peu rassurés sur le suivi médical. 

Dans un autre cas, l’intéressé a reçu une décision de renvoi vers l’Allemagne. A l’occasion du recours, il devait expliquer sans aucun certificat médical ni aucun autre document qu’il venait d’être diagnostiqué d’un cancer du foie, d’une hépatite B et C active, et d’autres problèmes. Il montrait son ventre, mais il ne savait pas comment expliquer au juste. Ce manque de précisions empêche d’organiser une défense sérieuse des droits des gens contre une décision du SEM prise à la va-vite, où les situations individuelles même les plus graves sont ignorées. L’autorité s’appuie sur des arguments-type, par exemple que les soins médicaux existent aussi en Allemagne, et ne prend pas même la peine de s’informer du diagnostique ou des traitements à suivre. 

Les centres fédéraux sont des lieux de gestion collective des demandes d’asile et de l’hébergement des demandeurs. Tant le traitement du dossier que l’accueil sanitaire et social trahissent un manque de respect des gens, une absence de compassion et, dans les situations vulnérables, contribuent à une aggravation de l’état de santé des demandeurs d’asile.  


Pour reproduire ou citer cet article :
Au centre fédéral, un accès difficile aux soins médicaux, publié sur le site de Droit de rester pour tou∙te∙s, juillet 2017, http://droit-de-rester.blogspot.ch/

mercredi 5 juillet 2017

Urgent Help

Ce matin, une vingtaine de personnes à l’aide d’urgence se sont rendues au siège de l’EVAM (Etablissement vaudois d’accueil des migrant-e-s) pour alerter le directeur Erich Dürst de leurs conditions de vie. Coalisées sous le nom Urgent Help, elles attendent désormais une réponse de l’EVAM et du Conseil d’État.
Dans le canton de Vaud, près de 800 personnes vivent soumises à l’aide d’urgence, qui frappe celles qui se sont vu refuser l’asile ou qui ont déposé une demande d’asile après un premier refus. Ce régime ne leur permet ni de travailler, ni de se former, et les contraint à une dépendance totale de l’État. Destiné à soutenir les réfugié·e·s sur un temps très court, d’urgence, cette « aide » dure pour certain·e·s depuis des années. Célibataires ou familles avec enfants sont touchés et voient toutes perspectives d’intégration et d’avenir réduites à néant.
La plupart du temps, ces personnes restent dans le canton plusieurs années car leur renvoi est inexigible ou matériellement impossible. Pendant ces années, elles survivent avec une aide minimale, alors qu’elles aimeraient travailler, apprendre le français le cas échéant, en bref s’intégrer. L’État leur rend la vie impossible en espérant qu’elles repartiront d’elles-mêmes.
L’EVAM, au lieu de les soutenir dans ce processus, applique des règles extrêmement dures : promiscuité dans les logements, accès difficile aux programmes d’occupation, nourriture fade et répétitive. L’État de Vaud refuse quant à lui de défendre cette partie de la population, alors qu’il serait à son honneur d’accorder à ces personnes souvent formées et motivées le droit de travailler par exemple.

Ce n’est pas la première fois que des « bénéficiaires » de l’aide d’urgence se coalisent pour dénoncer leurs conditions de vie. En 2014, les habitant·e·s de plusieurs abris PC s’étaient insurgés contre leus conditions de vie. Mais les réponses de l’EVAM comme celles du Conseil d’Etat n’ont jamais été à la hauteur du courage des débouté·e·s. Le collectif Droit de rester, qui soutient cette lutte, attend cette fois des réponses.

***

Nous sommes des bénéficiaires de l'Aide d'Urgence.  Nous sommes des requérant-e-s d'asile qui avons fui les persécutions de régimes dictatoriaux, la misère et la guerre. Pour des raisons souvent incompréhensibles, la Suisse a rejeté nos demandes d'asile. Comme il nous est impossible de retourner dans nos pays, nous vivons en Suisse, plusieurs d'entre nous, depuis plus de 10 ans, malgré les menaces de renvoi.
Il nous est interdit de travailler, ce qui nous prive de toute possibilité d'autonomie et nous oblige à vivre  à la charge de la société.
Que nous soyons célibataires ou en famille avec enfants, nous sommes tous hébergé-e-s  par l’EVAM  dans des foyers collectifs où nous souffrons du bruit permanent et du manque d'intimité. Nous sommes contraints de cohabiter avec des personnes dont la situation de grande précarité et les difficultés d’accès aux soins médicaux, notamment psychiatriques, rendent parfois violentes. Les caméras de surveillance et les agents de sécurité omniprésents ne nous protègent pas, mais contribuent à faire monter les tensions.
Nous ne recevons aucune aide financière, mais uniquement une aide en nature.
L'EVAM nous oblige à quitter nos logements ou nous transfert abruptement et à de multiples reprises. De ce fait, après avoir fui nos pays, nos enfants subissent à nouveau  des déracinements qui nuisent à leur développement. Ils ne savent pas quel sera leur avenir et craignent que la police vienne nous chercher. Nous ne voulons pas que nos enfants vivent dans la peur et l’isolement, ils ont les mêmes droits que tous les enfants du monde ! Notre logement  est souvent limité à une place en abri-PC ou au Sleep-in, où il est obligatoire de sortir dehors tous les jours avec  ses affaires sur le dos, les places étant attribuées journellement. Certains  d'entre nous y sont depuis plusieurs années.
Plusieurs d'entre nous ont déposé une nouvelle demande d'asile que la Suisse examine, mais sont toujours soumis-e-s au régime de l'Aide d'Urgence et  à l'interdiction de travail. Ces situations sont particulièrement  dramatiques, car ces requérant-e-s  séjournent  légalement en Suisse, mais sont grandement limité-e-s dans leur intégration.
Nous sommes à l'aide d'urgence depuis parfois plusieurs années. Nous ne quitterons pas la Suisse, nos vies en dépendent. Nous souhaitons nous intégrer dans la société qui nous accueille et nous protège. Nous prions l'EVAM et le Conseil d'État vaudois de nous donner les moyens de vivre dignement et de nous rendre utiles à la communauté
Nous demandons :
- Que le canton de Vaud prenne fermement position en faveur de l'abrogation de l'interdiction de travail pour les bénéficiaires de l'aide d'urgence.
- Que l'EVAM et le canton de Vaud nous donnent l'accès aux programmes d'activité et d'occupation, quelle que soit la durée de notre séjour en Suisse, ainsi qu'aux formations organisées  par l'EVAM, principalement les cours de français. L’aide à la participation aux associations sportives et culturelles doit aussi être allouée aux personnes à l’aide d’urgence, surtout les enfants. Nous demandons également une augmentation des indemnités des travaux que nous réalisons parfois pour l'EVAM : 3.75 Frs de l'heure ne suffisent pas !
- Que l'EVAM et le canton de Vaud facilitent l'accès aux formations, stages et apprentissages.
- Des logements décents qui garantissent notre droit fondamental à l'intimité et  à la vie privée. En particulier nous demandons le changement de fonctionnement immédiat du Sleepin de Morges. Il est inacceptable que certains d'entre nous soient obligés de passer toute la journée dehors avec leur affaires. Nous avons besoin d'armoires pour garder nos affaires et d'un lieu pour se reposer la journée !
- De recevoir une partie de notre aide pour la nourriture en cash ou au moins sous forme de bons Migros : Les épiceries n'offrent  pas assez de diversité, surtout pour ceux et celles qui sont malades et doivent suivre un régime adapté.
- Des places de jeux et de sport pour les enfants, des locaux à vélo,  autour des foyers d'Aide d'Urgence. Le foyer d'Ecublens en particulier est situé en dans une zone industrielle proche de l'autoroute et n'offre aucune activité à proximité.
- La possibilité de se déplacer en transport public. Nous avons besoin des mêmes prestations de transport que celles qui sont données aux permis N et F.
- Que le canton nous délivre une pièce de légitimation qui nous permette, entre autres, de retirer  à la poste les courriers recommandés et les colis.
-Qu'une attention particulière soit portée aux requérant-e-s d'asile ayant déposé une nouvelle demande moins de 5 ans après le dernier refus et qui sont soumis au régime de l'aide d'urgence bien qu'ils séjournent légalement en Suisse.




mercredi 17 mai 2017

Nouvelle sanction édifiante au centre fédéral



10 mai 2017     Au centre fédéral, à Vallorbe ou ailleurs, on ne plaisante pas avec l’ordre édicté par le SEM.
Voici un couple venu séparément en Suisse, Madame quelques mois auparavant. Elle est déjà attribuée à un canton. Elle attend le terme de sa grossesse.
Le SEM ne voit d’abord pas la nécessité d’attribuer Monsieur au plus vite au canton et l’envoie attendre ses trois mois réglementaires de séjour au centre fédéral des Rochat, dans la montagne loin de tout, à 6 km à pieds de la première station de bus postal.
Le SEM n’a pas non plus pensé à le placer plutôt dans l’autre centre fédéral, des Perreux, beaucoup plus proche du domicile de Madame, où les transports publics sont plus faciles d’accès.
L’autorité a ensuite refusé de lui remettre un titre de transport pour se rendre à l’accouchement auquel son épouse et lui souhaitaient qu’il puisse assister. Monsieur a donc pris les transports sans moyens, parce que les 21 frs d’argent de poche hebdomadaires ne suffisent pas aux déplacements. Il est revenu au centre avec deux amendes, pour l’aller et le retour, de 120 frs et de 220 frs.
Pire, il est rentré plus tard que l’horaire de 17h00 fixé par le centre. Or, tout retard est sanctionné d’une privation de sortie de un jour. Monsieur a donc été retenu au centre pendant toute la journée le lendemain, ceci, malgré le certificat médical qu’il a dûment présenté, qui précisait que sa présence à l’hôpital était nécessaire pour assister à l’accouchement.
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On peut d’abord énumérer les droits floués du requérant. Principalement, il a subi une privation de liberté. Accessoirement, sa liberté de voir naître son enfant ou d’être à ses côtés et de le prendre contre lui pendant les premières heures de sa vie, protégée par son droit à mener une vie familiale normale, n’a pas été reconnue puisque l’autorité n’a pas accepté d’excuse.
En outre, le requérant a été privé de facto de tous ses droits procéduraux ou à la défense de son cas : il n’a pas pu faire valoir le moyen de preuve c’est-à-dire le certificat médical comme justification de son retard, il n’a pas reçu de décision écrite constatant une infraction à la loi, l’autorité n’a pas cité la base légale sur laquelle elle s’appuie, ni n’a fait application du principe de la proportionnalité qui veut que l’opportunité d’infliger une sanction et l’étendue de celle-ci soient appréciées dans chaque cas, en tenant compte de toutes les circonstances individuelles. Il n’y a donc pas de motivation individuelle de la sanction. Finalement, en l’absence de décision écrite, il n’y a pas de voie de recours non plus.
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Si on raisonne maintenant en se plaçant à l’intérieur de la relation entre le requérant et l’autorité, l’affaire a toutes les apparences d’un rapport discriminatoire, que l’on définira comme l’action d’exclure la victime du bénéfice de ses droits en exerçant sur elle une autorité arbitraire qui porte atteinte à sa personnalité.
Ici donc, le requérant est soumis à l’autorité du SEM qui lui assigne une place d’hébergement au centre fédéral où, par l’intermédiaire d’agents de sécurité, elle contrôle ses entrées et sorties, son autonomie personnelle et économique, et la conformité de ses comportements aux règlements internes qu’elle édicte. Le requérant est totalement dépendant de l’autorité sauf à renoncer à sa procédure d’asile et à sa famille en s’enfuyant dans la nature. Son épouse, requérante d’asile, elle-même contrôlée par l’autorité cantonale, n’a pas la possibilité de l’accueillir chez elle sans autorisation ni de l’entretenir. Il est pris dans une obligation, au quotidien, de respecter les horaires de distribution des repas, des produits d’hygiène, de la lessive, les horaires de lever et de coucher, et de se conformer aux injonctions comme l’affectation aux tâches ménagères assortie d’une interdiction de sortie. Il faut aussi accepter toutes les remarques que les personnels d’encadrement sont susceptibles de lui faire pour toutes sortes de raisons ou même sans raison. L’autorité exerce sur le requérant une surveillance au quotidien et un contrôle sur ses activités. Il ne peut accomplir que celles prévues par le règlement, telles se nourrir à heures fixes, sortir du centre dans les horaires et passer les nuits dans le dortoir collectif, sur la couchette attribuée.
La personnalité du requérant est atteinte parce qu’il n’exerce pas son libre arbitre. On supporte les contraintes qui contribuent au développement de notre bien-être ou à la réalisation de nos idéaux. Dans le centre, le requérant est seulement soumis à une discipline, qui a initialement pour objet de faciliter la gestion des quelque 200 hommes de toutes origines qui y sont hébergés contre leur gré, mais qui peut rapidement dériver vers les jugements de valeur dévalorisants ou les attitudes dénigrantes. Ainsi, le requérant n’a pas été aidé pour se rendre à l’hôpital et s’est retrouvé pénalisé de deux amendes qu’il ne pourra pas payer avant de nombreux mois. Il ne pouvait pas renoncer à se rendre auprès de son épouse. Le sens essentiel qu’il donne à son futur rôle de père et à la relation affective qu’il entretient avec son épouse rendait sa présence à ses côtés impérieuse et primait sur son devoir général de ne pas emprunter les transports publics sans viatique. À son retour au centre, il a été affligé d’une peine privative de liberté de un jour prononcée de manière automatique pour le type d’infraction commise. Il s’est trouvé dans l’impossibilité de se justifier, ce malgré le certificat médical pourtant rédigé dans une langue compréhensible pour les agents de l’autorité, à supposer qu’ils ne saisissent pas l’anglais ni le somali, et signé du médecin. Ce document avait une valeur significative pour lui parce qu’il était émis par le corps médical ce qui devait lui donner une certaine aura. Il l’a d’ailleurs soigneusement conservé pour le montrer à d’autres et expliquer sa mésaventure.
Ce manque de considération a été vécu comme une humiliation. La discipline imposée dans les centres, qui va bien au-delà de la nécessité d’organiser un accueil de secours pour les étrangers nouvellement arrivés en Suisse, la gestion collective des lieux de vie et l’omniprésence du regard de l’autorité sont infantilisantes parce qu’elles provoquent un sentiment de perte de la maîtrise sur soi et sur son quotidien et de dépendance aux jugements de valeur d’autrui sur sa personne.

Pour citer ou reproduire l’article :
Nouvelle sanction édifiante au centre fédéral, publié sur le site de Droit de rester pour tou∙te∙s, mai 2017, http://droit-de-rester.blogspot.ch/